La bouillie bordelaise reste l’un des traitements phytosanitaires les plus utilisés par les jardiniers passionnés d’agriculture biologique. Entre 4 et 25 g de bouillie bordelaise en poudre par litre d’eau selon les fabricants et les maladies à traiter : voilà la fourchette de dosage qui peut paraître large pour un produit si répandu. Pourtant, maîtriser ces dosages s’avère crucial pour protéger efficacement vos cultures tout en respectant l’environnement et les principes de l’agriculture locale.
Découvrir les bonnes pratiques de dosage vous permettra d’optimiser l’efficacité de vos traitements préventifs, de préserver la biodiversité de votre jardin et de cultiver des légumes sains en harmonie avec les cycles naturels. Dans ce guide complet, nous vous dévoilons tous les secrets d’un dosage réussi, les alternatives naturelles disponibles et les conseils d’experts pour une utilisation raisonnée de ce fongicide traditionnel.
L’Essentiel à Retenir
🌱 Dosage préventif : 5 à 10 g par litre d’eau pour protéger vos cultures en amont
🚜 Dosage curatif : 15 à 20 g par litre en cas de maladie déclarée
⚖️ Limite bio : Maximum 6 g de cuivre par m² et par an en agriculture biologique
🍅 Tomates : 10 g/L tous les 15 jours pendant la saison humide
🌿 Alternative naturelle : Bicarbonate de soude (5 g/L) sans accumulation dans le sol
⏰ Application : Toujours en préventif, jamais pendant la floraison

Qu’est-ce que la bouillie bordelaise ?
La bouillie bordelaise tire son nom de la région bordelaise où elle fut développée au XIXe siècle pour lutter contre le mildiou de la vigne. Fabriquée à partir d’eau, de sulfate de cuivre et de chaux éteinte, la bouillie bordelaise est utilisée contre le mildiou de la vigne depuis la fin du 19ème siècle. Cette découverte révolutionnaire a permis aux vignerons de sauver leurs récoltes des ravages de cette maladie cryptogamique destructrice.
Ce fongicide minéral se présente sous forme d’une poudre bleue caractéristique, facilement reconnaissable par sa couleur turquoise intense. C’est une poudre mouillable faite à base de sulfate de cuivre neutralisé par de la chaux éteinte. Son principe actif, le cuivre, agit par contact sur les spores de champignons en bloquant leur germination et leur reproduction.
Comment fonctionne ce fongicide naturel ?
Le cuivre de la solution a un effet sur les spores des champignons, il bloque leur germination, les empêchant donc de se reproduire. Il agit par contact et ne pénètre pas dans la plante. Cette action de surface fait de la bouillie bordelaise un traitement essentiellement préventif : elle doit être appliquée avant l’apparition des symptômes pour être pleinement efficace.
L’efficacité du traitement repose sur la formation d’un film protecteur sur la surface des feuilles et des fruits. Une partie du cuivre qu’elle contient se libère lentement, à condition toutefois de ne pas être rincée par des précipitations, elle a une action d’environ 3 semaines.
Dosages recommandés pour 1 litre de solution
Usage préventif : la protection en amont
Pour une utilisation préventive, le dosage de la bouillie bordelaise peut varier entre 5 et 10 grammes par litre d’eau. Cette approche s’avère la plus économique et la plus respectueuse de l’environnement, car elle permet d’intervenir avant que les maladies ne s’installent durablement.
Les producteurs locaux expérimentés recommandent de débuter les traitements préventifs dès que les conditions climatiques deviennent favorables au développement des champignons : températures douces accompagnées d’humidité persistante.
Usage curatif : intervention d’urgence
Si vous souhaitez agir de manière curative contre les maladies fongiques, l’utilisation d’un dosage plus élevé est nécessaire. Généralement, on recommande 20 g à 30 g de bouillie bordelaise par litre d’eau. Attention cependant : l’efficacité curative reste limitée, car le cuivre n’agit que par contact externe.
Cette concentration plus élevée ne doit être utilisée qu’en cas d’absolue nécessité et toujours en respectant les limites annuelles d’usage en agriculture biologique.
Dosages spécifiques par culture
Tomates et solanacées : 10g/L pour les tomates (tous les 15 jours) pendant la période à risque, généralement de mai à septembre selon votre région.
Vigne : 12g/L pour la vigne (avant floraison) avec des applications tous les 15 à 20 jours selon la pression parasitaire.
Arbres fruitiers : 15g/L pour les arbres fruitiers (au printemps) lors des traitements de fin d’hiver et après la taille.
Pommes de terre : 20 g pour 1 litre d’eau contre le mildiou, avec des applications tous les 15 jours en période humide.
Préparation et application : les bonnes pratiques
Étapes de préparation
- Mesure précise : Utilisez une balance de cuisine pour peser exactement la quantité de poudre nécessaire
- Dissolution : Versez l’eau dans le seau puis utilisez le doseur fourni pour verser la poudre dans l’eau. Remuez à l’aide d’un bâton, il faut que la poudre soit complètement dissoute
- Homogénéisation : Mélangez énergiquement jusqu’à obtenir une solution parfaitement homogène
- Filtrage : Filtrez la solution avant de la verser dans votre pulvérisateur pour éviter tout bouchage
Améliorer l’adhérence du traitement
Il est judicieux d’ajouter au mélange un agent mouillant, un produit qui va améliorer l’adhérence de la bouillie bordelaise sur les feuilles : savon noir, liquide vaisselle, lait écrémé, produit à base de résine de pin. Cette astuce de producteur permet de réduire de moitié la dose nécessaire tout en conservant la même efficacité.
Le savon noir naturel, particulièrement apprécié en agriculture biologique, s’utilise à raison d’une cuillère à café par litre de bouillie préparée.
Quand et comment appliquer ?
Conditions météorologiques idéales : Elle va être appliquée indifféremment dans la journée, excepté en période chaude, il sera alors préférable de traiter le matin tôt ou le soir. Évitez également de l’appliquer avant la pluie, celle-ci lessiverait une grande partie du produit.
Fréquence d’application : Les traitements s’espacent généralement de 15 à 21 jours, mais cette fréquence peut être réduite en cas de fortes pluies qui lessivent le produit.
Respecter les limites de l’agriculture biologique
Dosage maximal autorisé
La bouillie bordelaise est autorisée dans l’agriculture biologique, sous condition d’une quantité limitée par surface et par période : 6 g par m2 et par an. Cette limite européenne vise à prévenir l’accumulation excessive de cuivre dans les sols.
Pour respecter cette contrainte, les agriculteurs bio privilégient des applications préventives à faible dose plutôt que des interventions curatives plus concentrées mais moins durables.
Évolution réglementaire
Depuis le 1er février 2019, la limite est encore abaissée à 4 kg/ha/an, en moyenne mobile sur 7 ans consécutifs pour les cultures professionnelles. Cette évolution témoigne d’une prise de conscience croissante des impacts environnementaux du cuivre.
Maladies traitées et efficacité
Principales maladies contrôlées
La bouillie bordelaise excelle dans la lutte contre les maladies cryptogamiques : mildiou, tavelure du pommier, cloque du pêcher figurent parmi ses principales cibles. Elle s’avère également efficace contre certaines bactérioses, élargissant son spectre d’action au-delà des seuls champignons.
Mildiou : Particulièrement redoutable sur tomates, pommes de terre et vigne, cette maladie trouve dans la bouillie bordelaise un adversaire de taille, à condition d’intervenir préventivement.
Tavelure : Cette maladie des arbres fruitiers, notamment pommiers et poiriers, se contrôle efficacement par des traitements réguliers en sortie d’hiver.
Cloque du pêcher : Les applications de fin d’hiver, avant le débourrement des bourgeons, protègent efficacement les arbres à noyaux de cette déformation caractéristique des feuilles.
Limites d’efficacité
La bouillie bordelaise est dans ce cas utilisée en prévention, car elle agit avant que le champignon ne se soit reproduit, elle ne pourra pas agir une fois que cela est fait car alors le champignon est à l’intérieur des tissus de la plante. Cette caractéristique explique pourquoi une stratégie préventive s’avère toujours plus efficace qu’une intervention tardive.
Précautions d’usage et sécurité
Protection individuelle indispensable
Portez toujours des gants et un masque lors de l’application de ce fongicide naturel. Le cuivre, bien que naturel, peut provoquer des irritations cutanées et respiratoires lors de manipulations répétées.
L’équipement minimum comprend :
- Gants imperméables
- Masque de protection respiratoire
- Lunettes de protection
- Vêtements couvrants
Délais avant récolte
Respectez un délai avant récolte de 14 jours minimum pour les fruits et légumes. Cette précaution permet d’éviter la consommation de résidus de cuivre, même si les quantités présentes sur les fruits lavés restent généralement négligeables.
Stockage et conservation
La bouillie préparée ne se conserve pas : Ne préparez pas de produit à l’avance, seulement de quoi faire votre traitement. La solution fraîchement préparée offre une efficacité optimale et évite les problèmes de sédimentation.
Alternatives naturelles à explorer
Bicarbonate de soude : l’alternative écologique
Le bicarbonate de soude est une excellente alternative naturelle. Facile à trouver, il s’avère aussi très efficace contre les champignons. Pour l’utiliser au jardin, il suffit de diluer environ 5 grammes de bicarbonate dans un litre d’eau. Contrairement au cuivre, le bicarbonate ne s’accumule pas dans le sol et se décompose naturellement.
Décoction de prêle : la force de la silice
La décoction de prêle, riche en silice, forme une couche protectrice sur les cellules végétales. Elle est particulièrement efficace contre le mildiou, l’oïdium et la cloque du pêcher. Cette préparation 100% végétale renforce les défenses naturelles des plantes sans impact environnemental négatif.
Purin d’ortie : stimulant et protecteur
Le purin d’ortie, véritable trésor de l’agriculture biologique, renforce le système immunitaire des plantes tout en apportant des éléments nutritifs naturels. Son action préventive s’avère particulièrement intéressante pour les cultures de fermes biologiques locales.
Rotation et biodiversité : la prévention naturelle
Une méthode efficace pour prévenir les maladies est la rotation des cultures. Elle consiste à alterner les types de plantes cultivées sur un même terrain pour éviter l’accumulation de pathogènes spécifiques à certaines espèces. Cette approche, privilégiée par les producteurs en circuits courts, s’intègre parfaitement dans une démarche de permaculture.
Impact environnemental et durabilité
Accumulation du cuivre dans les sols
Le cuivre qu’elle contient est un métal lourd qui s’accumule dans les sols sans jamais se dégrader. Cette problématique préoccupe de plus en plus les agriculteurs soucieux de préserver la fertilité de leurs terres sur le long terme.
Les sols fortement traités à la bouillie bordelaise peuvent contenir jusqu’à 500 mg/kg de cuivre, alors que le niveau naturel se situe entre 3 et 100 mg/kg. Cette accumulation excessive peut perturber l’équilibre biologique du sol et affecter la vie microbienne bénéfique.
Impact sur la biodiversité
Le cuivre de la bouillie bordelaise a un effet délétère sur les mycorhizes, ces champignons qui permettent aux plantes de mieux absorber les nutriments. Ces symbioses bénéfiques constituent pourtant un élément clé de l’agriculture durable et de la santé des écosystèmes cultivés.
La faune auxiliaire peut également être affectée par les traitements répétés, d’où l’importance de privilégier une approche intégrée combinant plusieurs méthodes de protection.
Conseils de producteurs expérimentés
Optimiser l’efficacité du traitement
Les agriculteurs biologiques expérimentés recommandent de débuter les traitements préventifs en observant attentivement les conditions météorologiques. Une hygrométrie élevée combinée à des températures douces (15-25°C) constituent le cocktail parfait pour le développement des maladies cryptogamiques.
Gérer la résistance aux pluies
30 à 40 % du cuivre est lessivé après 20 mm de pluie, quelle que soit la formulation. Les pluies suivantes n’entraînent qu’un lessivage modéré. Cette donnée technique explique pourquoi il faut renouveler les applications après de fortes précipitations.
L’ajout d’un agent mouillant naturel comme le savon noir permet d’améliorer significativement la tenue du traitement face aux intempéries.
Association avec d’autres pratiques biologiques
Les fermes pédagogiques enseignent souvent l’importance de combiner les traitements phytosanitaires avec des pratiques culturales préventives : espacement suffisant des plants, paillage pour éviter les remontées d’humidité, élimination des feuilles malades.

Vers une utilisation raisonnée et durable
La bouillie bordelaise demeure un outil précieux pour les jardiniers bio, à condition de l’utiliser avec discernement et parcimonie. Respecter les dosages recommandés, privilégier les applications préventives et explorer les alternatives naturelles permettent de concilier efficacité et respect de l’environnement.
L’avenir du jardinage responsable réside dans cette approche équilibrée : tirer parti des solutions éprouvées tout en intégrant progressivement des méthodes plus durables. Les fermes biologiques qui réussissent cette transition témoignent qu’il est possible de produire sainement en préservant la vitalité des sols pour les générations futures.
En appliquant ces conseils et en restant attentif aux évolutions des pratiques biologiques, vous contribuerez à développer une agriculture locale plus durable, où chaque geste compte pour préserver notre patrimoine naturel commun.